ANALYSE  RÉFÉRENTIELLE
ET  ARCHÉOLOGIQUE


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Curie Floris





BIOGRAPHIE  D’ENNIO  FLORIS













Magnum Dictionarium latinum et gallicum, de P. Danet, MDCXCI on objectif est de chercher à discerner la personne historique de Jésus, telle qu’elle se donne à connaître à travers la lecture des Évangiles ». En définissant par ces termes le but de sa recherche, Ennio Floris insiste sur le fait que l’adjectif « historique » en marque le caractère spécifique : « elle est de l’ordre historio­graphique, non théologique ».



Pourquoi cet intérêt porté à la personne de Jésus ? Dès sa jeunesse, Ennio Floris s’oriente vers une double formation philosophique et théologique. Devenu dominicain, il enseigne à Rome, précisément dans cette branche de la théologie qu’on nomme, selon l’école, « propédeutique » ou « apologétique ». Par rapport aux autres secteurs de la science sacrée, cette discipline se situe entre la dogmatique et les sciences humaines, théoriquement au point de croisement des interrogations de la raison à l’encontre de la foi et des inter­pellations de la foi à la raison.
   « Je dois dire, précise Ennio Floris, que dès le commencement les inter­rogations de la raison me parurent plus pertinentes et plus contraignantes que celles de la foi. D’où le déclenchement d’une crise qui m’a accompagné tout au long de mon existence, par le renversement de l’attitude de con­science. Il ne s’agissait plus d’une foi qui cherchait sa propre intelligence (fides quaerens intellectum), mais d’une foi qui, pour s’imposer, devait répondre aux interrogations de l’intelligence. Le sujet pensant prenait le pas sur le croyant. »

   La crise se développe lentement, en profondeur ; elle est d’action et de pensée. D’action, notamment lorsque, en dépit de l’excommunication « feren­dae sententiae » lancée par Pie XII contre quiconque aurait caché des Juifs dans les couvents ou les églises, Ennio Floris ouvre à Rome, pendant l’année d’occupation, les combles de l’église de la Minerve à une centaine de juifs et d’anciens militaires persécutés par les Nazis. De pensée, parce qu’il passe successivement du thomisme au platonisme (Duns Scott et Bonaventura), du platonisme au mysticisme (Tauler, Catherine de Sienne, Thérèse d’Avila, Jean de la Croix), puis à l’idéalisme de Croce et Gentile et à l’existentialisme de Kierkegaard.


Cet itinéraire de la pensée passe par deux étapes successives qui ont provoqué dans la vie d’Ennio Floris deux ruptures décisives : le passage du catholicisme au protestantisme, puis l’abandon du protestantisme orthodoxe pour un « christianisme non confessionnel, culturel et humaniste ».

   Avant de connaître le protestantisme de l’intérieur, Ennio Floris l’avait découvert de lui-même, à la suite d’une critique de la dogmatique de Thomas d’Aquin, critique basée sur les Écritures : « La constellation dogmatique dans laquelle l’Église catholique avait figé la foi traditionnelle en Jésus-Christ tomba, entraînant l’écroulement de mes convictions de pensée et de vie. Il me resta un Jésus-Christ libéré de la mariolâtrie, du conditionnement réifiant des sacrements, de l’interprétation métaphysique de son retour, ainsi que des dogmes de la double nature et de la trinité ; un Christ qui s’offrait à moi moins pour être pensé comme une chose que pour être vécu comme une personne, m’obligeant à penser, précisément, pour pouvoir être vécu. »



Armando Verde et Ennio Floris
Armando Verde et Ennio Floris
à Rome, le 9 avril 1955


   C’est l’époque où Ennio Floris quitte l’Italie. Après des études théologiques recommencées à la faculté réformée de Genève, il trouve dans le protes­tantisme français la possibilité de poursuivre sa recherche, par la pratique de l’exégèse biblique en même temps que par le contact avec les mouvements chrétiens de gauche.


Ennio Floris a-t-il trouvé dans le protestantisme la solution de sa crise ? En dépit de l’apport enrichissant, voire décisif, dont il lui est redevable, il lui a fallu porter sur l’orthodoxie protestante le même regard critique. Si celle-ci lui semble dégagée d’un appareil dogmatique, il apparaît à Ennio Floris « qu’elle adhère à Jésus-Christ d’une façon aussi dogmatique, en fait, que l’Église romaine, s’exprimant selon les mêmes catégories que les anciens conciles. Jésus-Christ est une personne transcendante, dont l’unité doit être admise par la foi. Il se situe moins dans l’être que dans le « tout autre » de l’être. Comme dit Barth, on ne peut le comprendre que par un « sacrificium intellectu » – un sacrifice de l’intelligence – qui nous oblige à nous situer vis-à-vis de lui comme des objets face au sujet, un saut dans le vide de la raison. »


La recherche d’Ennio Floris se concentre alors sur « Jésus-Christ », non dans son présupposé de personne divine, mais comme expression de parole, comme phénomène linguistique de culture. Avec Vico, l’auteur est persuadé que la nature d’un phénomène est connaissable par sa genèse. Aussi s’interroge-t-il sur l’origine de l’expression « Jésus-Christ » : « Ce n’est pas un nom, mais une proposition affirmative, un jugement sur une personne : « Jésus est le Christ ». Il s’ensuit que son référent immédiat n’est pas cette personne mais un événement de parole et de culture.
   C’est alors que mon attention a été attirée par Jésus, la personne sous-jacente au jugement, et qui demeure à la fois manifestée et cachée par lui. Qui est « Jésus » en deçà de l’attribut de foi qui le désigne comme « Christ » ? Et s’il était possible de lui ôter cet attribut qui le recouvre comme un masque, quel visage apparaîtrait ? »



Cest le temps où les recherches consacrées à la restauration des fresques ont permis de découvrir une technique étonnante : il devenait possible de séparer, dans la fresque, la surface picturale de la « sinopie », dessin qui l’avait précédée sous l’enduit. La nouvelle de cette découverte a pour Ennio Floris une résonance spéciale : « Et si je parvenais à détacher dans les Évangiles la surface picturale (l’image du Christ) de façon à découvrir la « sinopie » de Jésus qui a servi de base ? à détacher des textes la surface sur laquelle le « Christ » a été peint, sans entamer ni ruiner le dessin de « Jésus » qu’elle recouvre ? »


Ennio Floris a donc consacré de nombreuses années à la mise au point d’une méthode d’analyse référentielle dont ce site présente quelques mises en œuvre.





Jacques Lochard, 1986





Ennio nous a quittés, le 24 décembre 2014. Il a laissé de nombreux manuscrits que je m'efforcerai de décrypter et de mettre en ligne...



Rédigé en 1986



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j30 : 14/05/2015