ANALYSE  RÉFÉRENTIELLE
ET  ARCHÉOLOGIQUE


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Ennio Floris


De la naissance de Jésus-Christ
à la naissance de Jésus




L’évangile de Matthieu : la naissance du fils de David




La généalogie de Jésus :
l’image refoulée de Marie



Sommaire
Avertissement

Introduction

La naissance chez Paul

L’évangile de Marc

Matthieu : naissance du roi des juifs
- Le récit
- La généalogie de Jésus
  . d’une femme
  . L’image refoulée de Marie
    - Motivations théologiques
    - Motivations historiques
      . Tamar
      . Rahab
      . Ruth
      . Beersheba
- L’épisode de la naissance
- La reconnaissance du roi des Juifs

Luc : naissance du fils de Dieu

La naissance du héros

Jean : le samaritain

Marie

Joseph

Les noms de Jésus

L’évangile de Thomas

Témoignages des juifs

Jésus


. . . . . . . . - o 0 o - . . . . . . . .

Les motivations historiques :
Tamar


   Tamar était une Cananéenne que Juda avait donnée pour femme à son fils, puis, après la mort de celui-ci, à son autre fils, Onan. Ses enfants étant morts en punition de leurs péchés, Juda renvoya Tamar chez son père, en lui promettant de lui donner comme mari son fils Schèla lorsqu’il serait devenu adulte. Mais quand Schèla fut parvenu à l’âge d’homme, Juda ne tint pas sa promesse, car il avait peur que ce troisième fils ne meure lui aussi comme les deux premiers. Tamar fut donc privée de son droit de lévirat.
   Un jour que Juda passait dans son village, elle s’habilla comme une prostituée et coucha avec lui, puis lui demanda un gage avant de le quitter. Comme elle devint enceinte, Juda la fit appeler pour la faire brûler, selon la loi coutumière. Tamar montra alors son gage, faisant ainsi savoir publiquement que l’homme avec lequel elle avait couché était Juda lui-même. Celui-ci dut reconnaître que sa belle-fille était « plus juste que lui », il ne la condamna pas, même s’il n’eut plus de relations sexuelles avec elle (Gn 38).

   Si, sur la base de la relation entre Tamar et Marie que nous présente la généalogie de Matthieu, nous cherchons à établir un parallèle entre les récits concernant ces deux femmes, nous obtenons le schéma suivant :


TAMAR

Tamar est promise comme femme à Shèla (Gn 38:11)

Tamar est trouvée enceinte et considérée comme une prostituée (Gn 38:24)

Juda décide de la condamner au feu (Gn 38:24)


Tamar avoue qu’elle est enceinte de Juda (Gn 38:25-26)


Juda, considérant que Tamar est plus juste que lui, ne la condamne pas (Gn 38:26)

Juda ne s’approche plus de Tamar pour la connaître (Gn 38:26)

MARIE

Marie est promise comme femme à Joseph (Mt 1:18)

Marie est trouvée enceinte (Mt 1:18)


Joseph se propose de ne pas traduire Marie en jugement, mais de la renvoyer (Mt 1:19)

L’ange révèle en songe à Joseph que Marie est enceinte par le Saint Esprit (Mt 1:20)

Joseph est un homme juste (Mt 1:19)



Joseph « ne la connut pas jusqu’à ce qu’elle eut enfanté » (Mt 1:25)


   Les deux schémas sont différents en ce que celui de Tamar est calqué sur le statut du lévirat et celui de Marie sur le modèle de la naissance virginale. Mais malgré cette différence, leurs points de rencontre sont surprenants. Leur différence de structure empêche en principe toute tentative de d’assimilation de l’un à l’autre, mais il se trouve cependant que le récit de Matthieu est l’interprétation christologique d’un fait, par le biais du modèle de la naissance du héros. On peut donc procéder à la mise entre parenthèses de l’interprétation théologique et isoler la trame du fait.

   Il convient avant tout de mettre entre parenthèses la virginité de Marie, car il s’agit d’un postulat messianique. Dès lors on peut penser qu’elle était une jeune femme, ou même une veuve. Ensuite il faut éliminer le songe de Joseph qui, comme nous l’avons dit (voir), n’a de contenu que le kérygme de foi concernant la naissance du Christ. Le quatrième item du schéma de Marie étant alors vide, rien ne s’oppose plus à ce que ce schéma soit assimilé à celui de Tamar, et même complété par celui-ci puisqu’il décalque la même trame. Il reste seulement à savoir si la grossesse de Marie peut être expliquée par celle de Tamar.

   Lorsque nous analysons le comportement de Joseph (voir), nous concluons qu’il devient compréhensible – entre autres – si l’on suppose que Marie s’est unie volontairement à un homme pour se faire justice elle-même contre une injustice que lui faisait subir son mari ou son beau-père. C’est le cas de Tamar, qui a voulu satisfaire son droit de rachat en s’unissant à son beau-père parce que celui-ci refusait de lui donner son fils pour mari. Marie a pu se comporter de la même façon. En effet le texte suppose que, comme Tamar, elle habitait la maison de son père et était une épouse promise ; de plus, il donne à penser que Joseph, dans sa décision de ne pas la traduire en jugement, a été juste à son égard, comme le fut Juda à l’endroit de Tamar en ne la condamnant pas au feu. De plus Joseph n’a pas connu Marie, comme Juda n’a plus connu Tamar.

   La mise en parallèle de Marie et de Tamar révèle donc un arrière-plan beaucoup plus riche et complexe qu’on n’aurait pu le penser à première lecture. Selon cet arrière-plan, il est légitime de penser que Marie a été une femme révoltée contre le pouvoir des hommes qui faisaient fi de son droit. Dès lors, elle a agi en prostituée et en adultère, peut-être même commit-elle un inceste.



2011




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t732221 : 18/12/2017